Crise du Golfe : l’Iran en embuscade

Le Figaro – Par Georges Malbrunot


Téhéran et Doha sont prêts à discuter d’un « mécanisme de sécurité régionale » avec l’Arabie saoudite.

Au large du Qatar, les navires à destination de Doha ont toute liberté pour manœuvrer dans les eaux territoriales iraniennes. Depuis le début de la crise entre Doha et ses voisins saoudien et émirien, Téhéran a envoyé quatre cargos d’aide humanitaire au Qatar, soumis à un blocus terrestre et aérien de la part de Riyad et d’Abu Dhabi, qui accusent Doha de soutenir les islamistes et d’être trop complaisant à l’égard de l’Iran. «Dans le Golfe, tout le monde est perdant, sauf l’Iran», analyse un expert.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Javad Zarif, a proposé la mise en place d’«un mécanisme permanent de consultation et de résolution des conflits dans notre région», sur le modèle de «l’approche d’Helsinki», en référence aux accords signés en 1975, en pleine guerre froide, qui avaient réduit les tensions entre les blocs occidental et communiste.

Difficile sortie de crise

La veille, à Paris, son homologue qatarien, Mohammed Abderrahmane al-Thani, affirmait que son pays refuserait de «se laisser dicter sa politique étrangère», mais qu’il était prêt, en revanche, à discuter avec ses voisins de «sécurité régionale». Ironie de l’histoire: la création d’un tel mécanisme est exactement ce que rejettent l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui nient à Téhéran tout droit de regard dans les affaires du Golfe. C’était déjà ce que proposait Barack Obama aux Saoudiens. «Que la crise actuelle déclenchée par l’Arabie et les Émirats remette en lumière cette exigence irano-qatarienne n’est pas le moindre des paradoxes», ajoute l’expert.

Aux accusations de tropisme iranien, les Qatariens répondent qu’avec 400.000 Iraniens à Dubaï et à Abu Dhabi, les Émirats sont un partenaire de l’Iran bien plus important que Doha. Bref, dix jours après la mise au ban du Qatar par ses voisins, aucune sortie de crise n’est en vue. La médiation de l’émir du Koweït n’a, pour l’instant, rien donné.

Fort de ses appuis turc et iranien, Doha ne paraît pas prêt à céder. Ni sur la ligne éditoriale de sa chaîne de télévision al-Jazeera. Ni pour expulser des islamistes liés aux Frères musulmans, ou pour remettre au pas des financiers privés d’organisations terroristes. C’est au contraire l’Arabie saoudite qui semble faire quelques gestes, Riyad se disant prêt à «approvisionner le Qatar en vivres et en médicaments».

Volte face des Américains

Pour Doha, l’absence d’une liste claire d’exigences formulées par ses voisins rend difficile le démarrage de négociations menées par le Koweït, aidés en coulisses par la Turquie et la France. C’est pourquoi, selon certaines sources dans le Golfe, l’Arabie et les Émirats s’apprêtent à remettre aux médiateurs une liste des exigences réclamées à Doha avant une levée du blocus. «Riyad et Abu Dhabi ont échoué pour bâtir une coalition de pays anti-Qatar», résume James Dorsey, spécialiste du Golfe à Singapour.

Face à eux, les États-Unis n’ont cessé d’envoyer des signaux contradictoires. Alors que Donald Trump accusait la semaine dernière le Qatar d’avoir «historiquement» financé l’extrémisme islamiste, mercredi, les États-Unis ratifiaient avec Doha un accord de 12 milliards de dollars pour la fourniture de 35 avions de combat F-15. Un signe que Washington nous soutient, s’est aussitôt félicité Doha.

Emmanuel Macron, de son côté, cherche à rassembler les protagonistes de la crise. Le prince héritier émirien Mohammed Bin Zayyed devrait être à Paris la semaine prochaine. L’émir du Qatar, lui, devait venir le 6 juillet. Mais sa venue pourrait être avancée. «Pas question toutefois que les deux hommes se rencontrent à l’Élysée», fait-on savoir à Abu Dhabi. «Ce serait discréditer la médiation koweïtienne», ajoute-t-on.