Contre le séparatisme islamiste, Emmanuel Macron revoit sa stratégie (Arthur Berdah – Le Figaro)

EXCLUSIF – Pour «rétablir l’ordre républicain», le président entend replacer le CFCM au centre de la lutte contre l’islamisme.

Certains y verront un revirement. D’autres – notamment l’Élysée – préféreront parler d’un «réordonnancement de la stratégie». Une chose est sûre: il s’agit en tout cas d’un changement. «Le président assume désormais de travailler en réarticulant la lutte contre la radicalisation, l’endiguement du communautarisme, et la structuration de l’islam en France», confie l’un de ses interlocuteurs réguliers sur le sujet.

Soucieux d’éviter de tomber dans ce qu’il appelle le piège de «l’amalgame», le président de la République avait pourtant tenté, au lendemain de l’attentat à la préfecture de police de Paris, d’effectuer une distinction très claire entre ces trois problématiques. Selon lui, il était indispensable de ne pas confondre – et encore moins de mélanger – la radicalisation d’une part, le communautarisme d’autre part, et enfin l’islam de France. Autant de défis qu’il lui faudra malgré tout relever. Et qui étaient initialement censés faire l’objet de travaux et d’annonces réparties sur toute la seconde moitié du quinquennat.

À l’approche des élections municipales, le chef de l’État avait cru bon de traiter dans un premier temps le dossier du communautarisme. Plusieurs ministres ont pour cela été mobilisés, parmi lesquels se trouvent Christophe Castaner (Intérieur), Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales), Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale), Agnès Buzyn (Santé), ou encore Roxana Maracineanu (Sports). Notamment aidés par des élus, des chercheurs, et des associatifs, ils en sont tous arrivés à la même conclusion: «Il existe bel et bien des interdépendances et des passerelles» entre les trois sujets qu’Emmanuel Macron espérait réussir à dissocier. «La mécanique du travail interministériel a convaincu le président de consentir à faire du “3 en 1 ”», rapporte un acteur de ce travail. Selon nos informations, le chef de l’État a renoncé à se contenter d’annonces sur le «communautarisme». Il a donc carrément décidé de faire disparaître cette notion de son discours, comme il l’avait déjà laissé entendre auprès du Figaro dans l’avion qui le ramenait d’Israël fin janvier.

Des annonces qui restent encore secrètes

Désormais, Emmanuel Macron va faire reposer sa stratégie sur deux nouvelles jambes: «Le rétablissement de l’ordre républicain» d’un côté, et «la lutte contre le séparatisme» de l’autre. Pour y parvenir sans fracturer le pays et courir le risque de nourrir la stigmatisation, le président de la République veut placer sa démarche sous le signe d’une «réponse à la demande des Français musulmans qui aspirent à être protégés par la République contre l’islam politique et l’islamisme radical». En clair: éviter à tout prix de monter ce qui serait «la communauté nationale» contre ce qui serait «la communauté musulmane».

En attendant le contenu précis des annonces d’Emmanuel Macron, qui restent tenues secrètes à ce stade, le président réfléchit à la manière dont il va installer la séquence dans le débat public

Dans cette logique, le Conseil Français du culte musulman (CFCM) est présenté comme «un partenaire majeur de ce combat républicain». «Nous allons installer un véritable travail de synergie avec cette instance», affirme l’un des artisans de la réflexion, selon qui les «chapitres territoriaux» auront une importance particulière. Reste que le CFCM, créé en 2003 par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était à Beauvau, traverse une profonde crise de crédibilité. En témoigne la très faible participation des mosquées aux élections qui se sont tenues à la mi-janvier, lors desquelles Mohammed Moussaoui – un professeur de mathématiques d’origine marocaine – a été désigné président, en remplacement de Dalil Boubakeur.

En attendant le contenu précis des annonces d’Emmanuel Macron, qui restent tenues secrètes à ce stade, le président réfléchit à la manière dont il va installer la séquence dans le débat public pour la laisser infuser progressivement dans l’opinion. Après avoir envisagé une visite surprise dans un quartier prioritaire de la politique de la ville jeudi, le chef de l’État a décidé d’attendre la troisième semaine de février. À la place, il a discrètement déjeuné, jeudi à l’Élysée, avec une quinzaine d’élus en pointe sur les questions d’islam et de communautarisme. Parmi eux se trouvaient la députée LREM Aurore Bergé ; les deux successeurs de Manuel Valls à Évry-Courcouronnes (Essonne), à savoir le maire Stéphane Beaudet et le député Francis Chouat ; mais aussi le maire de Trèbes (Aude) Éric Menassi, dont la commune a été frappée par un attentat en mars 2018 ; ou encore François Garay, le maire des Mureaux (Yvelines).

Preuve de l’importance de ce rendez-vous: le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et son collègue des Collectivités locales, Sébastien Lecornu, étaient également présents. De même le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, son adjointe Anne de Bayser, le directeur de cabinet du président Patrick Strzoda, et l’ensemble des conseillers chargés des questions régaliennes. «Le président veut réaffirmer un socle idéologique très fort et donner aux maires les moyens de lutter», rapporte un participant. Le plan est lancé.