Cisjordanie: la victoire des colons d'Amona

Par Le Figaro – Cyrille Louis


Le gouvernement israélien a cédé: il indemnisera les habitants qui occupaient illégalement une parcelle et les relogera sur des terrains voisins.

Difficile de ne pas appeler ça une victoire. La quarantaine de familles établies sur l’avant-poste d’Amona (Cisjordanie), dont la Cour suprême avait ordonné l’évacuation d’ici au 25 décembre, a arraché dimanche un généreux accord au gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Celui-ci a débloqué en urgence quelque 150 millions de shekels (environ 38 millions d’euros) pour financer leur réinstallation sur des terrains voisins, ainsi que pour les indemniser et créer une nouvelle colonie une dizaine de kilomètres plus au nord. Une baisse du budget qui affectera notamment le ministère de l’Éducation a été approuvée pour compenser cette dépense imprévue. «Les efforts déployés pour éviter de déraciner cette communauté traduisent l’étendue de notre pouvoir politique», se réjouit Oded Revivi, responsable du conseil qui représente les 380.000 colons de Cisjordanie .

Nétanyahou, engagé dans un inconfortable bras de fer avec les colons d’Amona, était à l’évidence prêt à beaucoup céder pour éviter les images d’une évacuation violente. Plusieurs centaines d’adolescents venus des colonies et des avant-postes voisins avaient ces derniers jours rejoint la colonie sauvage pour s’opposer, si nécessaire physiquement, à son démantèlement. Nul ici n’a oublié les heurts lors desquels 200 personnes furent blessées le 1er février 2006, en marge de la démolition de neuf maisons à la demande de la Cour suprême. La coalition gouvernementale, formée avec le soutien du parti national-religieux Foyer juif, n’y aurait sans doute pas survécu. L’avenir politique du premier ministre en eût assurément été assombri.

250.000 euros d’indemnisation
Après avoir fait monter la pression durant plusieurs semaines, les résidents d’Amona ont finalement accepté de quitter la parcelle où ils s’étaient établis un jour de 1996, en violation du droit israélien, mais, circonstance assez curieuse, avec le soutien du gouvernement. Des habitants palestiniens de villages voisins ont en effet réussi à prouver que ce terrain leur appartient.

Vingt-quatre familles de colons devraient être autorisées à s’installer sur une emprise voisine qui, selon les autorités, aurait été abandonnée en 1967. Ce montage est contesté par l’ONG Yesh Din, qui dit avoir identifié un Palestinien résolu à faire valoir ses droits de propriété sur cette parcelle. Mais le conseiller

juridique du gouvernement est prêt à défendre le plan devant la Cour suprême. Les seize autres familles rejoindront, pour leur part, la colonie voisine d’Ofra, en attendant d’être relogées sur un autre site.

En plus du million de shekels (environ 250.000 euros) de «compensation» promis à chaque famille, Benyamin Nétanyahou s’est engagé à créer une colonie d’une centaine de logements dans la périphérie de Shilo. La simple évocation de ce projet, début octobre, a suscité une vive condamnation de l’Administration américaine. Au lendemain des accords d’Oslo , les autorités israéliennes ont en effet promis de ne pas construire de nouvelle implantation. La centaine d’avant-postes édifiés depuis lors, dont Amona est sans doute le plus emblématique, ne bénéficient donc pas d’une autorisation officielle. La mise en chantier d’une nouvelle colonie marquerait une nouvelle étape et porterait de l’avis général un coup dur à ce qu’il reste de la solution des deux États.

«Nétanyahou et ses alliés de la droite religieuse profitent de la fenêtre d’opportunité créée par la fin de mandat d’Obama pour pousser les feux de la colonisation», commente Akiva Eldar, journaliste au site al-Monitor et coauteur d’un ouvrage sur les colons de Cisjordanie, Les Seigneurs de la terre, Seuil, 2013. «Au lieu de sanctionner ceux qui ont enfreint la loi, le gouvernement leur offre une récompense et agit comme s’il n’existait plus, ni en Israël ni sur la scène internationale, de limite à leur pouvoir», complète Hagit Ofran, de l’association La Paix maintenant.

Un nouvel ambassadeur américain
Dopée par l’élection de Donald Trump, la droite religieuse appelle à profiter de l’aubaine pour affirmer la souveraineté israélienne sur la plus grande partie de la Cisjordanie occupée. Elle a récemment fait adopter en lecture préliminaire un projet de loi visant à «légaliser rétroactivement 4000 logements situés dans des colonies sauvages. Son enthousiasme a été renforcé, en fin de semaine dernière, par la désignation du nouvel ambassadeur américain en Israël. Personnellement hostile à la création d’un État palestinien, David Friedman soutient la colonisation et ne verrait pas d’inconvénient à ce que l’État hébreu annexe le territoire occupé. Préfigurant un possible basculement de la politique américaine, cet avocat jusqu’à présent spécialisé dans la gestion des faillites s’est par ailleurs dit impatient de prendre ses fonctions «à l’ambassade américaine dans la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem». Le déménagement de la représentation actuellement situé à Tel-Aviv, réclamé en 1995 par un vote du

Congrès, a depuis lors été constamment repoussé par les présidents successifs. «Mais un demi-siècle après la conquête de juin 1967, l’heure est venue d’en finir avec les solutions temporaires», prévient le colon Oded Revivi.