Le chef de la diplomatie américaine en visite en Israël pour parler du plan Trump (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le projet d’annexion d’une partie de la Cisjordanie occupée sera au cœur des discussions prévues mercredi.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est attendu ce mercredi en Israël pour sa première sortie hors des frontières des États-Unis depuis un déplacement en Afghanistan en mars, au début de la crise du Covid-19. Le diplomate devrait s’entretenir avec le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, mais aussi avec le futur ministre de la Défense, Benny Gantz, qui a signé avec son rival un accord de partage du pouvoir pour une durée de trois ans. Les deux hommes ont décidé de reporter leur prestation de serment devant le Parlement pour favoriser le bon déroulement de la visite de leur hôte qui, à la différence des voyageurs étrangers ordinaires, évitera la quarantaine.

L’Iran ainsi que les projets d’annexion d’une partie de la Cisjordanie occupée par Israël depuis cinquante-trois ans sont au menu des discussions. Israël a intensifié depuis un mois ses bombardements en Syrie contre les gardiens de la révolution iraniens et leurs alliés chiites en les étendant à des cibles militaires syriennes. Quant à la question de l’annexion de colonies juives situées dans des territoires palestiniens, voire du rattachement pur et simple de la vallée du Jourdain à l’État hébreu, elle devrait se poser prochainement. L’accord de coalition ratifié par l’indéboulonnable chef du gouvernement et l’ancien chef d’état-major de l’armée permet à Benyamin Nétanyahou de soumettre le projet à l’approbation du cabinet et de la Knesset, sans demander l’aval de Benny Gantz.

Le plan d’annexion de Nétanyahou est une menace pour la sécurité nationale d’Israël

D‘anciens hauts dirigeants de l’armée et du Mossad

Dans une récente interview accordée au quotidien Israel Hayom, l’ambassadeur des États-Unis, David Friedman, a affirmé que l’Administration Trump était prête à reconnaître la souveraineté d’Israël sur une partie de la Cisjordanie «dans les semaines à venir». Dans le même journal, Mike Pompeo s’est refusé ce mardi à prendre position sur les intentions de Benyamin Nétanyahou. La Maison-Blanche, qui a abandonné son rôle traditionnel de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, a, depuis l’accession au pouvoir de Donald Trump, répondu favorablement aux requêtes israéliennes. Elle a transféré l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, annexé après la guerre victorieuse contre la Syrie en 1967.

Le «plan de paix pour le Proche-Orient» présenté en janvier à Washington par Donald Trump prévoit l’enregistrement de la plupart des colonies juives de Cisjordanie dans les nouvelles frontières de l’État israélien et l’annexion de la vallée du Jourdain. Ces initiatives auraient pour conséquence d’isoler et d’encercler en éventuel État palestinien qui aurait perdu 30 % des territoires de Cisjordanie qu’il revendique. Elles sont considérées par l’Autorité palestinienne comme l’avis de décès d’une solution «à deux États». La France et l’Union européenne ont prévenu de la préparation de sanctions «sévères», commerciales et économiques notamment, en cas d’annexions contraires au droit international.

Le projet de rattachement de terres dans ce qu’Israël considère comme la Judée-Samarie est apparu en avril 2019 durant la campagne électorale des législatives. Benyamin Nétanyahou bataillait pour obtenir une majorité à la Knesset en s’appuyant sur les intentions de vote des colons messianiques et de la droite ultranationaliste. Il n’est pas parvenu à ses fins mais a repris les mêmes thèmes à l’occasion des deux scrutins suivants. Durant ses quatorze années d’exercice du pouvoir, le chef du gouvernement a toujours prôné le statu quo, tout en développant d’ambitieux programmes immobiliers. Selon des commentateurs israéliens, la fin du mandat de Donald Trump lui offre une occasion rare de pousser son avantage mais certains doutent de sa volonté d’aller jusqu’au bout de sa démarche.

S’il présente au début de l’été son projet à la Knesset, Benyamin Nétanyahou dégagera sans nul doute une majorité parmi les députés

Les principaux opposants à des annexions larges et massives sont un aréopage d’ex-dirigeants du Mossad, du Shin Beth, le service de sécurité intérieur, et de généraux de l’armée à la retraite. Regroupés dans le mouvement des «Commandants de la sécurité d’Israël», Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Beth, Tamir Pardo, ex-patron du Mossad, et Gadi Shamni, ancien haut dirigeant de l’armée, viennent de publier une mise en garde dans la revue américaine Foreign Policy. «Le plan d’annexion de Nétanyahou est une menace pour la sécurité nationale d’Israël», estime le trio. Il mettrait, selon eux, en danger les traités de paix d’Israël avec l’Égypte et la Jordanie, provoquerait la colère des pays sunnites du Golfe alliés d’Israël contre l’Iran, saperait l’Autorité palestinienne (AP) et serait dévastateur pour la démocratie juive. Leur crainte est d’assister à un effondrement de l’administration palestinienne qui obligerait l’armée à réoccuper dans une situation de chaos et d’anarchie les enclaves actuellement gérées par l’AP.

S’il présente au début de l’été son projet à la Knesset, Benyamin Nétanyahou dégagera sans nul doute une majorité parmi les députés. Au lendemain de la présentation du plan Trump, il avait dû renoncer à l’annonce d’un rattachement immédiat des implantations juives en Cisjordanie à la demande de la Maison-Blanche. Jared Kushner, gendre du président américain et concepteur du «deal du siècle», s’était opposé à une application de son plan avant les élections législatives et une concertation préalable avec certains pays arabes considérés comme amis.