Audrey Azoulay devient la nouvelle patronne de l’Unesco

LE MONDE | Par Benjamin Barthe (journaliste, Beyrouth, correspondant), Clarisse Fabre (journaliste) et Marc Semo (/journaliste)

Avec un score serré, et au cinquième tour d’une élection qui a débuté lundi 9 octobre, la Française Audrey Azoulay, 45 ans, a été élue directrice générale de l’Unesco, vendredi 13 octobre, succédant
à la Bulgare Irina Bokova. L’ancienne ministre de la culture et de la communication (2016-2017) de François Hollande a obtenu 30 voix parmi les 58 membres du conseil exécutif de l’agence des Nations unies (ONU), face au Qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari, 69 ans, lequel en a obtenu 28.
Arrivée ex aequo jeudi soir avec l’Egyptienne Mouchira Khattab, la Française avait « battu » cette dernière lors d’un vote intermédiaire, vendredi après-midi. Le suspense aura duré jusqu’à la
dernière minute.
Le président de la République, Emmanuel Macron, qui a aussitôt salué sa victoire sur Twitter, s’exprimera le 1er novembre à l’Unesco, dont le siège est à Paris, annonçait-on dans l’entourage
d’Audrey Azoulay, vendredi soir.
Le vote doit encore être validé par la Conférence générale des 195 Etats membres de l’Unesco, le 10 novembre. Audrey Azoulay devrait prendre ses fonctions fin novembre à la tête de l’agence onusienne – elle a été créée en 1945, au sortir de la seconde guerre mondiale, pour promouvoir la paix à travers l’éducation, la science et la culture.


Vote contraire à la tradition
L’énarque, née à Paris dans une famille juive marocaine, a fait carrière dans la culture, entre autres au Centre national du cinéma et de l’image animée (2006-2014), avant de devenir conseillère culturelle de François Hollande de 2014 à 2016. Un atout, selon elle, pour mener à bien sa mission qui se veut pacificatrice.
Divisée, l’Unesco traverse des difficultés financières. Et l’annonce du retrait des Etats-Unis et d’Israël, le 12 octobre , à la surprise générale, rend la situation encore plus incertaine.
Peu après son élection, la Française a souligné que « dans un moment de crise, il faut plus que jamais s’impliquer, chercher à renforcer [l’Unesco], et non pas la quitter ». L’une de ses premières missions, a-t-elle dit, sera « de restaurer la crédibilité » de l’organisation « et la confiance des Etats membres ».

L’annonce de la candidature d’Audrey Azoulay avait suscité beaucoup d’émoi, notamment dans les pays arabes. La tradition veut en effet que le pays qui abrite l’institution, en l’occurrence la France, ne la dirige pas. Par ailleurs, les chancelleries arabes estimaient que leur tour était venu. Huit pays briguaient le poste de directeur général : la Chine, le Vietnam, l’Azerbaïdjan, la France, l’Egypte, le Qatar, le Liban et l’Irak.
Les chances de Mme Azoulay pouvaient donc sembler bien minces malgré le soutien d’Emmanuel Macron et de son prédécesseur François Hollande. Elle était aux côtés de l’actuel président de la République aussi bien lors du G7 de Taormine, en Italie, que lors du G20 de Hambourg, en Allemagne, ainsi que dans bon nombre d’autres voyages officiels – dont celui de New York à l’assemblée générale de l’ONU.


Le Qatar, rival de Riyad
Sa percée depuis le premier tour, lundi 9 octobre, a pu surprendre. Signe de l’importance que l’élection revêtait à leurs yeux, les ministres égyptien et qatari des affaires étrangères, Sameh Choucry et Mohamed Al-Thani, se sont déplacés à Paris en milieu de semaine.
Mais au moment de vérité, au cinquième et dernier tour, au lieu d’appeler les pays qui avaient voté pour Moushira Al-Khattab à donner leurs voix au candidat du Qatar, le chef de la diplomatie
égyptienne a offert son soutien à la Française.
Un choix largement prévisible. L’Egypte fait partie, avec l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahreïn, du quartette d’Etats arabes qui ont rompu, début juin, leurs relations diplomatiques avec Doha. Ces pays accusent le petit émirat du Golfe de collusion avec des mouvements islamistes « terroristes » et avec l’Iran, rival de Riyad dans la course à la suprématie régionale.
Le pouvoir égyptien actuel, né du renversement du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, ne tolère pas en particulier les critiques formulées à son encontre sur Al-Jazira, la chaîne satellite qatarie, qu’il assimile à une entreprise de déstabilisation.
La candidature du Qatar a peut-être aussi pâti du retrait des Etats-Unis et d’Israël de l’Unesco. Au dernier tour de scrutin, certains membres du conseil exécutif ont pu voir en Audrey Azoulay une figure plus rassembleuse, davantage susceptible de faire revenir ces deux pays sur leur décision que son adversaire.
Le score final, très serré, témoigne cependant de l’importance prise par le Qatar, ces dernières années, sur la scène internationale. Grâce à sa puissance financière, appuyée sur d’énormes réserves de gaz, la presqu’île que personne ou presque n’aurait pu placer sur un planisphère il y a vingt ans, est devenue un acteur incontournable de la globalisation.