Arabie : la coalition antiterroriste sur orbite

Par Georges Malbrunot (Le Figaro)

Deux ans après sa création par l’Arabie saoudite, la «Coalition islamique antiterroriste» a été officiellement lancée à Riyad par le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS), qui a réuni dimanche ses homologues, les ministres de la Défense des 40 pays musulmans qui en sont  membres. Le nouvel homme fort du royaume s’est engagé à «pourchasser les terroristes jusqu’à ce qu’ils disparaissent de la Terre».
Cette coalition est commandée par le général pakistanais, Raheel Sharif, et son quartier général sera à Riyad. Il s’agira de «mobiliser et coordonner les ressources, faciliter les échanges d’informations et aider les pays membres à bâtir leurs propres capacités en matière de lutte contre le terrorisme», a indiqué le militaire pakistanais.

L’Iran, ennemi juré de l’Arabie, la Syrie et l’Irak ne font pas partie de cette coalition. Quant au Qatar, avec lequel l’Arabie et les Émirats arabes unis ont rompu pour dénoncer son soutien, selon eux, au terrorisme et à l’Iran, «il n’a pas été invité pour éviter une confrontation», a précisé le secrétaire général de la coalition islamique, Abdulilah al-Saleh.
«Notre réunion est très importante, a souligné le prince héritier saoudien, car ces dernières années, les organisations (terroristes) agissaient dans nos pays sans qu’il y ait de coordination» pour les contrer. En deux ans, la coalition islamique n’avait pas lancé d’actions concrètes. «Cet état de fait prend fin aujourd’hui car plus de 40 pays envoient un signal très fort (….). Nous allons mettre ensemble nos capacités militaires, financières, politiques et de renseignement», a confirmé MBS.


Avertissement du Qatar

L’attentat commis vendredi en Égypte, qui a tué plus de 300 personnes rassemblées dans une mosquée du Sinaï, a fourni l’occasion à Mohammed Ben Salman de réaffirmer son appel à un «islam modéré et ouvert», un des principaux chantiers qu’il s’est assignés depuis qu’il est devenu prince héritier en juin. «Plus que le meurtre d’innocents et la propagation de la haine, le terrorisme et l’extrémisme déforment l’image de notre religion», a insisté le fils du roi Salman.
La consolidation de cette alliance entre pays sunnites du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie intervient au moment où l’Arabie, sous la houlette de MBS, entend également contrer l’expansionnisme de l’Iran au Moyen-Orient. Dans un entretien publié jeudi dans le New York Times, MBS a qualifié le numéro un du régime iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, de «nouveau Hitler».

Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle coalition creusera encore le fossé entre sunnites et chiites à travers le monde. «Je ne pense pas que nous puissions nous permettre plus de divisions entre sunnites et chiites», a averti le chef de la diplomatie du Qatar, Mohammed Ben Abdelrahman al-Thani. Les responsables de la coalition ont démenti que leur nouvel outil soit dirigé contre une confession religieuse. Au moment où Daech pourrait se redéployer géographiquement, après avoir perdu son califat irako-syrien, la tâche de la coalition islamique sunnite reste immense.