Ambassage américaine à Jérusalem : Nétanyahou savoure une série de victoires personnelles (Marc Henry – Le Figaro)

Alors que le premier ministre israélien apparaissait ces derniers mois comme un homme traqué par la police pour des affaires présumées de corruption, tout semble désormais lui réussir. Une série de paris gagnants lui permet de rebondir.

Benyamin Nétanyahou connaît un véritable état de grâce. Alors qu’il apparaissait ces derniers mois comme un homme traqué par la police pour des affaires présumées de corruption, tout semble désormais lui réussir. Une série de paris gagnants lui permet de rebondir. Lundi, un de ses vieux rêves va se réaliser lorsque les États-Unis vont inaugurer leur ambassade à Jérusalem. Échaudés, les Israéliens n’y croyaient plus. Mais Donald Trump a tenu parole, contrairement à de nombreux candidats à la présidence américaine qui s’étaient engagés à un tel transfert avant d’oublier très vite leur promesse, une fois installés à la Maison-Blanche. Mieux encore: ce déménagement pourrait avoir un effet domino. Le Guatemala va également ouvrir son ambassade dans la Ville sainte cette semaine. D’autres pourraient suivre.

Benyamin Nétanyahou vient de remporter une autre victoire diplomatique. Après des années de vaine campagne internationale, Donald Trump lui a donné raison au sujet de l’accord sur le nucléaire iranien qu’il a dénoncé, en annonçant une reprise des sanctions économiques américaines contre Téhéran dans des termes que le premier ministre israélien aurait pu reprendre mot pour mot. Au passage, le président américain a rendu hommage au «coup» réalisé par le Mossad qui est parvenu à mettre la main sur des dizaines de milliers documents des archives secrètes iraniennes sur les projets secrets de construction d’un arsenal nucléaire.

La cote du Likoud en hausse

Le premier ministre a également remporté un autre pari sur l’ennemi numéro un d’Israël. Des avions israéliens ont attaqué la semaine dernière une cinquantaine de bases présentées comme iraniennes disséminées en Syrie. Ces raids ont été lancés en représailles à des tirs de missiles vers le territoire israélien qui ont été interceptés ou qui ont explosé en Syrie. Bref, une opération militaire nette et précise. À l’issue de cette première confrontation directe entre Israël et l’Iran, certains pouvaient craindre un embrasement, voire une guerre. Les Iraniens n’ont pas réagi pour le moment. Dans ce cas aussi, Donald Trump s’est rangé résolument au côté de Benyamin Nétanyahou. Même les Européens, tout en exprimant leurs inquiétudes, ont dénoncé dans un premier temps les attaques iraniennes.

Le premier ministre israélien est également parvenu à «neutraliser» Vladimir Poutine, sans doute l’acteur clé en Syrie. Habilement, il a été pratiquement le seul chef d’un gouvernement étranger à participer aux commémorations de la victoire sur les nazis, la semaine dernière à Moscou. Bien lui en a pris. La Russie, qui aurait pu prendre ombrage des attaques contre l’Iran, son allié en Syrie, a fait preuve d’une extrême prudence. L’État hébreu redoutait que Moscou fournisse des batteries de défense antiaérienne à l’armée de Bachar el-Assad, ce qui limiterait la liberté d’action de l’aviation israélienne en Syrie. Dans ce cas aussi Benyamin Nétanyahou paraît avoir obtenu satisfaction. Selon le quotidien Izvestia, aucune négociation sur le transfert «d’armes sophistiquées» russes n’a eu lieu jusqu’à présent avec Damas.

Pour couronner le tout, la chanteuse israélienne Netta Barzilai a remporté l’Eurovision ce week-end devant 200 millions de téléspectateurs dans le monde. Benyamin Nétanyahou l’a félicitée en la qualifiant «de meilleure ambassadrice d’Israël». Résultat ; la prochaine édition du concours aura lieu à Jérusalem. Ce succès, qui peut paraître anecdotique, a fait chaud au cœur de nombreux Israéliens qui ont parfois tendance à considérer que le monde entier est systématiquement contre leur pays.

Pas étonnant dans ces conditions, qu’après un passage à vide, la cote de Nétanyahou et du Likoud, son parti, ne cesse de grimper. Aucun rival ne lui arrive pour le moment à la cheville. Reste toutefois à savoir si cette embellie peut durer. Plusieurs commentateurs mettent en garde contre la tentation de l’euphorie. Israël a remporté une série de victoires tactiques, mais tout reste en suspens. L’Iran a perdu une bataille en Syrie, mais rien ne dit que Téhéran ne tentera pas de prendre sa revanche. L’incertitude la plus totale règne sur le dossier nucléaire iranien. Tout est aussi bloqué sur la question palestinienne. Un point d’interrogation à peine dissimulé demeure autour de Donald Trump, qui se targue d’être le seul à pouvoir régler le conflit israélo-palestinien à la manière d’un businessman. Jusqu’à présent, il a gâté Israël. Il n’est pas certain qu’il en sera toujours ainsi.