Al-Thani : «L’Iran doit faire partie du dialogue sur la sécurité au Moyen-Orient»

Le ministre des Affaires étrangères du Qatar plaide pour un accord de sécurité régionale au Moyen-Orient.

Depuis le mois de juin 2017, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis imposent un blocus économique et diplomatique au Qatar, à qui ils reprochent un soutien au terrorisme et un rapprochement avec l’Iran. À l’occasion de la Conférence sur la sécurité de Munich, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad al-Thani, a appelé à un «accord de sécurité régionale». Il était accompagné de son ministre des Affaires étrangères Cheikh Mohammed Ben Abdelrahman al-Thani.

 Sur quelles bases un accord de sécurité régionale peut-il fonctionner et l’Iran doit-il faire partie des discussions?

Cheikh Mohammed Ben Abdelrahman AL-THANI. – Nos voisins continuent de formuler de fausses accusations contre nous. Ils n’ont jamais accepté de s’asseoir autour d’une table pour lever les malentendus. Le Qatar appelle au dialogue depuis huit mois, mais la réponse qu’il a reçue a toujours été le refus de faire le moindre effort pour résoudre le problème. Quand l’émir a parlé d’un accord de sécurité, il parlait du Moyen-Orient au sens large. Il y a beaucoup de conflits dans cette région et la crise du Golfe est l’un d’eux. Nous avons besoin d’engager un processus de discussion et de conclure un accord sur des principes acceptés par tous. Ces principes doivent assurer la souveraineté de chaque pays et la sécurité collective. Nous devons aussi nous entendre sur un procédé pour résoudre les conflits de manière civilisée sans recourir à des moyens comme ceux employés par l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis. Dans ce dialogue, il ne faut pas distinguer les petits et les grands États. L’Iran fait partie de la région au sens large, comme la Turquie. Nous invitons tout le monde à rejoindre la table de discussion.

«Nous avons des différences avec l’Iran. Il faut les reconnaître et les résoudre par le dialogue. Il ne peut y avoir que des solutions politiques»

Que peuvent faire les États-Unis pour résoudre la crise?

Le président américain a exprimé son souhait auprès de l’émir que la crise soit résolue au plus vite. Le secrétaire d’État Tillerson nous a déjà rendu visite trois fois. Il a proposé plusieurs solutions pour sortir du blocage. Le Qatar a été le seul pays à y répondre. Les États-Unis souhaitent organiser la réunion annuelle du GCC (le Conseil de coopération du Golfe) en mai. Nous y participerons.

Excluez-vous une escalade militaire?

Il n’y aura pas d’escalade militaire. Nous avons confiance qu’à la fin la situation sera maîtrisée.

Le principal champ de gaz mondial s’étend entre le Qatar et l’Iran. Comment souhaitez-vous coopérer avec Téhéran pour améliorer son exploitation?

Nous communiquons déjà pour l’exploitation du gaz. Les choses avancent bien.

Pour le conseiller américain à la sécurité McMaster, il est temps «d’agir contre l’Iran». Qu’en pensez-vous?

Nous avons des différences avec l’Iran. Il faut les reconnaître et les résoudre par le dialogue. Il ne peut y avoir que des solutions politiques.

«Nous avons adopté de nouvelles législations pour lutter contre le financement du terrorisme. Le Qatar participera à la conférence prévue à Paris en avril sur le financement du terrorisme»

Le Qatar pourrait-il faire davantage contre le terrorisme?

Tous les pays pourraient faire davantage. Le Qatar n’épargne pas ses efforts. Nous avons par exemple adopté de nouvelles législations pour lutter contre le financement du terrorisme. Le Qatar participera aussi à haut niveau à la conférence prévue à Paris en avril sur le financement du terrorisme. Nous continuons aussi nos échanges d’informations dans le cadre du «Memorandum of understanding» signé avec la France.

Quelles sont les causes du terrorisme selon vous?

Malheureusement, le terrorisme plonge ses racines dans notre région et se développe partout. La raison principale, c’est l’absence d’intégration sociale dans certains pays. Certaines personnes se sentent marginalisées et deviennent vulnérables à l’idéologie radicale. Les États devraient mieux intégrer leur population et leur fournir les services qu’ils sont en droit d’attendre.

Le niveau des dépôts internationaux dans les banques qatariennes a baissé de manière significative depuis le début de la crise. Combien de temps le Qatar pourra-t-il résister économiquement?

Indéfiniment! L’embargo a bien sûr eu des conséquences en créant la panique auprès des investisseurs. Mais ces inquiétudes seront maîtrisées. Les banques qatariennes ont souffert du retrait des dépôts des autres pays du Golfe, qui voulaient mettre notre économie sous pression. Mais notre économie est robuste. C’est la seule à avoir des perspectives positives pour cette année dans la région. Notre approvisionnement énergétique est assuré, le nouveau port a été ouvert il y a seulement quelques mois et représente déjà 27 % du commerce. La confiance est forte.