A Sao Paulo, « BHL » met en garde la communauté juive contre la tentation Bolsonaro (Claire Gatinois – Le Monde)

Le philosophe français s’est rendu dans la ville à l’invitation de la confédération israélite du Brésil et a mis en garde contre le nouveau président d’extrême droite du pays.

Le nom de Bolsonaro ne s’est invité qu’aux dernières minutes de la conférence. L’attaque n’en fut pas moins féroce. A Sao Paulo pour un voyage express effectué à l’invitation de la confédération israélite du Brésil (Conib), le philosophe Bernard-Henri Lévy a mis en garde, dimanche 25 novembre, le géant d’Amérique latine contre le danger du populisme incarné par Jair Bolsonaro, président élu le 28 octobre.

Face à une assistance qui s’est laissée séduire, en partie, par le représentant de l’extrême droite – parfois qualifiée dans le pays de « nouvelle droite » – l’auteur de L’Esprit du judaïsme (édité au Brésil par la société Tres estrelas) a résumé le chef d’Etat brésilien à « un Trump tropical » de la trempe de notre Marine Le Pen. Un homme prônant la « haine de la pensée », incarnant une « politique vulgaire »et s’opposant aux Lumières. Que Jair Bolsonaro, poussé par les Eglises évangéliques, se rapproche d’Israël en promettant de déménager l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem, ne devrait berner personne. « C’est un baiser de la mort », signale-t-il à la communauté juive avant d’être abondamment applaudi.

Phénomène « tragique »

Dans un café de Sao Paulo, où il nous a donné rendez-vous peu après l’événement, le philosophe (membre du conseil de surveillance du Monde) vêtu de son éternelle chemise à col ouvert, reconnaît ne pas être à même de décortiquer les causes locales ayant conduit à l’ascension du militaire.

Le septuagénaire globe-trotter, « sauveur » de la Bosnie et contempteur du Brexit, n’est pas un familier du Brésil. Mais à ses yeux, il fait peu de doute que la victoire de Bolsonaro participe de ce phénomène « tragique » qui contamine peu à peu les démocraties. « Dans ce club de populistes décomplexés qui est en train de se former avec Trump, Orban etc. Bolsonaro est probablement le plus caricatural de tous », lâche-t-il. Un « club informel de monstres, où l’on retrouve aussi Poutine ou Erdogan, ennemis des peuples qui les ont élus », ajoute-t-il.

A ces classes moyennes brésiliennes, aux milieux d’affaires et à cette partie de la bourgeoisie éduquée qui, par haine du Parti des travailleurs (PT, gauche) ou par rejet de la corruption, ont soutenu le militaire, il prévient : « Ils seront broyés par la folie Bolsonaro, par l’absurdité de ses décisions économiques et par la logique des marchés qui, tôt ou tard, sanctionneront le Brésil comme les grandes enceintes internationales », pense-t-il. « Bolsonaro peut être mis, si ce n’est au banc, du moins sous l’œil suspicieux de ses pairs », détaille le philosophe.

« Le Brésil n’est pas seulement une puissance économique, c’est un acteur clé de la diplomatie internationale. Aux affaires étrangères, Bolsonaro a choisi un farfelu [Ernesto Araujo], à l’économie un Chicago boy [Paulo Guedes], ça ne peut pas marcher. Il y a trop de contradictions. Bolsonaro fait rire sur la scène internationale, Trump aussi. Mais le Brésil ce n’est pas les Etats-Unis. La communauté internationale sera beaucoup moins indulgente avec lui », imagine-t-il.

Après quelques jours passés dans le pays, « BHL » repart de Sao Paulo en espérant avoir éveillé les consciences. « Il faut avoir peur. Cette vague populiste, ce discrédit de la politique et de ceux que l’on appelle les élites est une tragédie car cela amène des clowns au pouvoir. Il est capital que les institutions, les corps intermédiaires se réveillent et disent leur mépris et prennent leurs distances vis-à-vis de Bolsonaro », conclut le philosophe.