À Ramallah, le plan du premier ministre palestinien face aux menaces d’annexion (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le gouvernement israélien prévoit d’absorber une partie de la Cisjordanie à compter du 1er juillet.

Le premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh est sur tous les fronts. Le chef du gouvernement de l’Autorité palestinienne avait multiplié les interventions durant la crise du coronavirus, marquée par un long et sévère confinement de la population. Il est aujourd’hui à la manœuvre pour dénoncer les projets d’annexion de pans entiers de la Cisjordanie occupée par Israël et tenter de mobiliser la diplomatie internationale sur la question.

Omniprésent dans la gestion du Covid-19, il continue à occuper le devant de la scène au détriment d’un Mahmoud Abbas usé et apparu ce printemps fatigué. S’exprimant mardi devant la presse étrangère, il n’a pas cité une seule fois le nom du vieux raïs. Mohammad Shtayyeh, 62 ans, n’a pas modifié son argumentaire sur le fond d’un dossier qu’il considère comme une «menace existentielle»«Vous trouverez des Palestiniens favorables à une solution à deux États et d’autres favorables à une solution à un État, mais tous les Palestiniens disent la même chose: ils veulent la fin de l’occupation et pouvoir circuler librement dans toute la Cisjordanie», dit-il. «La colère, l’insatisfaction et la frustration sont là», prévient-il.

Cet économiste de formation a rendu public un plan de l’Autorité palestinienne adressé au Quartet. Composé de l’Union européenne, des États-Unis, des Nations unies et de la Russie, le Quartet est une structure en sommeil depuis plusieurs années. «Nous avons soumis notre contre-proposition il y a quelques jours», a déclaré Mohammad Shtayyeh, précisant que le texte de «quatre pages et demie» proposait la création d’un «État palestinien souverain, indépendant et démilitarisé».

Le document suggère des «changements mineurs au tracé de frontières lorsque c’est nécessaire». Et de préciser que le transfert de territoires proposé se fera d’“égal à égal” en termes de “taille et valeur”».

Le premier ministre palestinien espère rassembler une sorte de front international du refus du rattachement à l’État hébreu de colonies juives de Cisjordanie et de la Vallée du Jourdain, mais au-delà des prises de position officielles les opposants à des annexions sont loin de former un groupe monolithique. Les membres de l’Union européenne ne parlent pas d’une seule voix et les États sunnites du Golfe, souvent liés aux États-Unis, ont engagé une politique de rapprochement avec Israël à petits pas, au nom de la lutte contre l’ennemi commun: l’Iran.

Le débat en Israël n’est plus de savoir si l’on doit ou pas annexer mais de se mettre d’accord sur ce que l’on va annexer.

Selon Mohammad Shtayyeh, si le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou annonce le 1er juillet la mise en place d’une souveraineté israélienne sur certaines parties de la Cisjordanie, les Palestiniens espèrent utiliser la pression internationale et la menace d’une cessation complète des relations entre Israël et l’AP comme force de dissuasion sans vouloir le «chaos»«Le débat en Israël n’est plus de savoir si l’on doit ou pas annexer mais de se mettre d’accord sur ce que l’on va annexer», s’inquiète-t-il.

Il a aussi ironisé sur l’impossibilité, pour le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, de se rendre ce mercredi à Ramallah en raison de directives sanitaires israéliennes. Le ministre allemand est attendu à Jérusalem pour la première visite d’un responsable européen auprès du nouveau gouvernement israélien. L’UE, Allemagne et France en tête, demande à Israël de renoncer à l’annexion, lui rappelant que la colonisation est contraire au droit international, et se dit prêt à prendre des sanctions. Heiko Maas s’entretiendra par visioconférence avec Mohammad Shtayyeh depuis Amman.

Devenu incontournable, le chef du gouvernement de l’AP est désormais présenté comme un successeur possible de Mahmoud Abbas. Ce natif de Naplouse est membre du Fatah et incarne une nouvelle génération de dirigeants, mais à Ramallah la course au pouvoir est semé de chausse-trappes.