A l’ONU, Mahmoud Abbas réclame une nouvelle médiation internationale (Louis Imbert – Le Monde)

Le président de l’Autorité palestinienne refuse le plan dévoilé par le président américain, Donald Trump, le 28 janvier.

Le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, s’était donné deux objectifs en venant à New York, mardi 11 février : solliciter une nouvelle fois une large médiation internationale, en guise de contre-feu à la « vision » de Washington pour une « paix » israélo-palestinienne. Et rappeler envers et contre tout qu’il demeure un iinterlocuteur incontournable pour Israël. Sa visite a clos six jours intenses durant lesquels le sort de la Palestine a ­occupé le devant de la scène, et les coulisses, aux Nations unies.

A la table du Conseil où il était invité à s’exprimer, M. Abbas a redit son refus total du plan américain : « Cette carte ressemble à un fromage à trous suisse ! », s’est-il exclamé, en brandissant une reproduction des frontières proposées par Washington. « Qui d’entre vous accepterait un Etat dans ces conditions ? » Selon lui, cette proposition est « un plan préemptif ­israélo-américain pour mettre un terme à la question de la Palestine », qui ferait de son pays « un Etat fragmenté », a-t-il insisté, et acterait une situation « d’apartheid ».

Officiellement, le plan, dévoilé par Donald Trump et par le premier ministre israélien, Benyamin ­Nétanyahou, le 28 janvier, à la Maison Blanche, retient bien le principe d’une solution à deux Etats. Mais, en s’alignant sur les préoccupations sécuritaires d’Israël et en reprenant l’argumentaire de la droite nationaliste et messianique du pays, il s’apparente moins à une base de négociation qu’à une entreprise de destruction de ce qui a constitué pendant un demi-siècle les paramètres d’un accord de paix. Et menace de provoquer l’écroulement de l’AP.

Le plan renvoie la future capitale d’un Etat palestinien hors de Jérusalem, dans des faubourgs excentrés et malfamés. Il offre à Israël d’annexer à brève échéance la vallée du Jourdain et l’ensemble de ses colonies en Cisjordanie, territoires palestiniens occupés depuis 1967. Il promet enfin aux Palestiniens, à long terme, un Etat démilitarisé et sans contrôle sur ses frontières, tout en soumettant sa création à une longue liste de préconditions, à commencer par le désarmement du Hamas, à Gaza.

« Début de dialogue »

Sans surprise, l’ambassadrice américaine, Kelly Craft, a contredit M. Abbas, en expliquant que le plan, qui s’accompagne de promesses d’investissements internationaux à hauteur de 50 milliards de dollars (45 milliards d’euros), n’était pas « figé dans le marbre : c’est une proposition de début de dialogue ».

Depuis une semaine, Washington avait tout fait pour bloquer un projet de résolution palestinienne condamnant son plan, qui aurait dû être mis au vote mardi 11 février. Si les négociations autour du texte sont toujours en cours, le vote a été reporté sine die. Cet ­épisode, qui a troublé de nombreux ambassadeurs des quinze pays siégeant actuellement au Conseil, signalait la volonté de Washington de maintenir l’AP dans le rapport de force avec Israël, sur la base de son plan, en lui faisant comprendre que passer par l’ONU ne la mènerait nulle part.

M. Abbas a refusé tout recours à la violence, alors que des émeutes autour des forces de ­sécurité israéliennes ont fait trois morts palestiniens depuis début février à Jénine et à Hébron. ­Cherchant à se donner de l’air, le chef de l’AP a demandé à la communauté internationale de se réimpliquer, arguant du fait qu’il ne voulait plus de Washington comme « seul médiateur », ses « discussions avec le président Trump depuis 2017 n’ayant mené à rien ». Il a réclamé que le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) reprenne la main sur l’arbitrage. Enfin, il a demandé l’ouverture d’une conférence pour la paix – une requête déjà faite en février 2018, et restée lettre morte sous la pression américaine.

Mardi, les membres du Conseil ont paru soulagés par les appels au dialogue de M. Abbas, comme de Washington. « Le mieux, c’est que les deux parties se parlent directement, expliquait une source diplomatique. Mais le Quartet permettra de reprendre les négociations à partir des accords passés, garants du droit international. »

Ces rappels aux paramètres établis peuvent-ils suffire, alors que M. Abbas se refuse à mettre sur la table des contre-propositions plus concrètes, qui puissent faire pendant à la « vision » Trump ? « Les Palestiniens sont dans un tel état de faiblesse qu’ils ne peuvent pas revenir à la table. Et personne ne se mouillera pour eux », estimait, avant le discours de M. Abbas, une source diplomatique occidentale.

La partie israélienne a concentré ses critiques contre M. Abbas, estimant qu’il avait perdu toute légitimité à engager un dialogue. « M. Abbas n’aurait pas dû venir à New York, il aurait dû venir à Jérusalem. Les Palestiniens ont besoin d’un dirigeant attaché à la paix, et Abbas n’est pas ce chef », a estimé le représentant onusien d’Israël, Danny Danon. Pour contrer cet argumentaire, M. Abbas avait choisi de s’afficher à New York, aux côtés d’Ehoud Olmert, ancien premier ministre israélien (2006-2009). Les deux hommes avaient négocié un accord à l’époque, sans y parvenir.

Alors qu’Israël se prépare à ses troisièmes élections législatives en un an, le 2 mars, rares sont les politiques qui ont osé critiquer le plan Trump. M. Olmert a salué M. Abbas comme « un homme de paix, opposé au terrorisme. C’est le seul partenaire avec lequel nous pouvons traiter », a-t-il déclaré. M. Olmert n’a cependant plus aucune influence en Israël, après les accusations de corruption qui l’ont forcé à démissionner en 2009 et qui l’ont mené en prison.