À Jérusalem, Macron entend éviter les chausse-trapes du Proche-Orient (Arthur Berdah – Le Figaro)

Convié à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, le président prévoit de rencontrer Benyamin Nétanyahou, Benny Gantz et Mahmoud Abbas.

En langage diplomatique, il n’y a pas que les mots qui ont un sens. Le moindre fait ou geste peut parfois être tout aussi important. Surtout au Proche-Orient. C’est pourquoi la venue d’Emmanuel Macron, qui va passer 48 heures en Israël, est commentée avec précaution par l’Élysée. «Il s’y rend en réponse à une invitation du président Reuven Rivlin», indique-t-on sobrement dans l’entourage du chef de l’État. À en croire un conseiller, «le motif du déplacement» est clair: il s’agit de marquer le 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, et de participer au lancement du 5e Forum sur la Shoah.

«Séquence mémorielle»

Dans cette logique, Emmanuel Macron se rendra jeudi matin au Mémorial de la déportation des Juifs de France, à Roglit, pour une «séquence mémorielle» particulièrement «significative»: il sera le premier président à le visiter. Dans la foulée, le chef de l’État donnera une réception en l’honneur de la communauté française expatriée en Israël, depuis le Centre de conférences de Jérusalem. Enfin, il se rendra au mémorial de Yad Vashem, où «de nombreux dignitaires étrangers» sont attendus, parmi lesquels le président russe Vladimir Poutine, l’Allemand Frank-Walter Steinmeier, l’italien Sergio Mattarella et le vice-président américain Mike Pence.

Instabilité gouvernementale

À cette occasion, le président «saura», selon un proche, «trouver le temps qu’il faut» pour des «contacts bilatéraux» avec certains de ses homologues. Mais c’est surtout ce mercredi qu’auront lieu les rencontres les plus politiques. Car Emmanuel Macron, qui n’a eu de cesse de retarder son projet de «visite officielle» ou de «voyage d’État» en Israël depuis le début de son quinquennat, a toutefois ménagé une journée de rendez-vous avec les principaux acteurs locaux.

Pour sa première journée, il s’entretiendra tour à tour avec le premier ministre Benyamin Nétanyahou, le président Reuven Rivlin, l’opposant Benny Gantz, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Autant d’occasions d’aborder la crise internationale autour du nucléaire iranien. Et de tenter, selon l’Élysée, de «traiter la question de la paix entre Israéliens et Palestiniens», afin «que ce dossier ne soit pas (définitivement) un “processus”».

«Voir s’il y a un chemin utile»

Pas question, pour autant, d’espérer une quelconque traduction concrète à l’issue de ces échanges. D’abord parce que des élections législatives anticipées auront lieu le 2 mars prochain, pour sortir de l’instabilité gouvernementale qui paralyse l’État hébreu depuis plusieurs mois. Mais surtout parce que ce n’est pas l’état d’esprit dans lequel se place le chef de l’État. «Je ne veux pas multiplier les plans (de paix) pour le plaisir de dire “on fait un plan”», a-t-il d’ailleurs lui-même confié, la semaine dernière, en marge de ses vœux à la presse. «Je crois à la souveraineté des peuples», a-t-il ajouté, assurant que «le processus de paix, au Proche-Orient, n’existe que si les acteurs ont envie, et que les conditions existent». Reconnaissant toutefois que «la France, évidemment, a toujours eu un rôle à jouer», le président de la République a affirmé qu’il allait «discuter avec les acteurs» et «voir les conditions».

«On avance, aussi, pour essayer de comprendre et de voir s’il y a un chemin utile», a-t-il conclu. Avant de lâcher une pique contre le plan américain, annoncé depuis trois ans et dont il n’a «toujours pas vu la couleur». Selon le média israélien Channel 13, ce projet – baptisé «deal du siècle» par la Maison-Blanche – pourrait toutefois être présenté par l’Administration Trump dans les tout prochains jours.

Prudence de l’Élysée

Confié à l’ancien envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, et au gendre du président Jared Kushner, le texte pourrait être évoqué au Forum économique mondial de Davos, qui se tient cette semaine en Suisse.

En attendant de savoir à quoi s’en tenir, l’Élysée observe l’initiative avec prudence. «Il y a des questions de base, fondamentales, qui ne peuvent être réglées qu’aux conditions du droit international. Soit les États-Unis partent dans d’autres directions, et il faudra s’attendre à des complications régionales et à des résistances. Soit ils se mettent dans le cadre de ces paramètres – qui sont les principes de base du processus de paix – et alors la communauté internationale appuiera», prévient-on.

Preuve qu’Emmanuel Macron est encore échaudé par la décision, unilatérale, de Donald Trump de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Et qu’il veut désormais tenir sa diplomatie à distance raisonnable de celle qui est conduite outre-Atlantique.