À Jérusalem, les colons ressuscitent un tunnel (Marc Henry – Le Figaro)

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, a créé la polémique en participant dimanche à son inauguration.

Un ambassadeur américain qui se transforme en terrassier pour abattre à coups de marteau un mur de pierres dans un tunnel tout en mettant à bas un tabou: David Friedman a été la vedette de cette scène sans doute unique dans les annales de la diplomatie. L’opération s’est déroulée devant des caméras sous terre à Silwan, en contrebas des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem, près de la Cité de David. Plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens qui vivent dans ce quartier situé à Jérusalem-Est, c’est-à-dire dans la partie arabe de la Ville sainte conquise en 1967 puis annexée par Israël, estiment être les victimes toutes désignées de ce chantier. En revanche, les centaines de colons Israéliens installés à Silwan avec le soutien actif d’organisations ultranationalistes dont l’ambition affichée est de «judaïser» la Vieille Ville et ses alentours grâce à des achats des maisons ou des ordres d’expulsions de Palestiniens ont applaudi des deux mains.

Le tunnel inauguré est en fait le vestige d’une voie romaine érigée au Ier siècle, à l’époque de Ponce Pilate, qui était empruntée notamment par des pèlerins juifs pour se rendre au Temple, le site le plus sacré du judaïsme détruit en 70 par les troupes romaines. Au fil du temps, cette voie s’est retrouvée ensevelie par des constructions de maisons. Silwan est d’autant plus important que ce quartier s’étend sur le site originel de Jérusalem. Le tunnel aménagé pour permettre des visites de touristes dans les prochains mois aboutit au sud du Mur des lamentations.

Par sa seule présence au côté de trois autres ambassadeurs américains, dont Jamie McCourt en poste à Paris, David Friedman a fait un pas vers une possible reconnaissance de la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est, un geste auquel aucune Administration américaine n’a jamais consenti jusqu’à présent. Donald Trump a décidé il y a deux ans de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État hébreu en y transférant l’ambassade des États-Unis. Il n’a toutefois pas précisé si cette démarche s’applique à la partie arabe de la ville dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’État auquel ils aspirent. Ne s’embarrassant d’aucune langue de bois, David Friedman a proclamé que la «Cité de David est un composant essentiel de l’héritage national de l’État d’Israël, y renoncer même dans le cadre d’un accord de paix reviendrait pour l’Amérique à renvoyer la Statue de la Liberté».

«Crime de guerre»

Parmi les autres personnalités qui ont manié allégrement le marteau pour détruire un mur qui obstruait un tronçon du tunnel figurent Sara Nétanyahou, l’épouse du premier ministre israélien, mais aussi Jason Greenblatt, représentant spécial de Donald Trump pour «les négociations» au Moyen-Orient, ainsi que Sheldon Adelson, un milliardaire américain, le plus généreux donateur actuel du Parti républicain, qui s’enorgueillit d’avoir l’oreille de la Maison- Blanche.

Sans surprise, les Palestiniens n’ont pas été conviés à ces festivités. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a assimilé la présence de l’ambassadeur américain à un «crime de guerre», tandis que Saeb Erekat, un haut responsable, a présenté David Friedman comme un «colon extrémiste». Ce diplomate au style brut de décoffrage est devenu la bête noire des Palestiniens. Il a récemment affirmé qu’Israël a «le droit» d’annexer une partie de la Cisjordanie comme le prône Benyamin Nétanyahou. Bien qu’il ait ainsi mis en cause des décennies de diplomatie américaine, David Friedman n’a pas été désavoué par la Maison-Blanche. Certains commentateurs le présentent comme un «poisson-pilote» de Donald Trump, un rôle qu’il a déjà endossé en prônant le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.