À Gaza, des attaques terroristes visent le Hamas (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Des policiers de l’organisation islamiste qui contrôle ce territoire ont été ciblés sur des barrages par la branche locale de l’État islamique.

La bande de Gaza est sous pression. Le Hamas qui règne sur l’enclave palestinienne depuis douze ans à la suite d’une guerre civile contre les frères ennemis du Fatah voit son autorité bafouée par des attaques terroristes. Elles ont visé dans la nuit de mardi à mercredi des policiers de l’organisation islamiste sur des barrages dans le centre de Gaza et en bordure de mer. Trois d’entre eux ont été tués et trois autres blessés. Les attentats sont attribués à deux kamikazes à moto qui se sont fait exploser à environ une heure d’intervalle. La piste de salafistes liés à l’État islamique (EI) est privilégiée. Les assauts ont été revendiqués par le groupe Wilayat Gaza («Province de Gaza») qui n’avait jamais fait parler de lui et serait la branche locale de Daech.

Voici deux ans une attaque avait déjà touché un checkpoint du Hamas, dans le sud du territoire, près de la frontière avec l’Égypte. Elle avait été perpétrée par un affilié de l’EI et, peu de temps après, un attentat avait visé un commandant de police du Hamas. Le mouvement nationalisto-islamiste avait alors interpellé des dizaines de salafistes. Il a, à nouveau, procédé ce mercredi à des rafles de partisans présumés de l’État islamique ou d’al-Qaida dont la présence à Gaza, même si elle est minoritaire, est récurrente. En 2014, durant la montée en puissance de l’État islamique au Moyen-Orient, un attentat avait touché l’Institut français. Cette année-là, 200 salafistes avaient brûlé le drapeau tricolore en scandant «Français, dégagez de Gaza ou nous vous égorgerons» pour protester contre une manchette de Charlie Hebdo.

«Les attentats visent à saper la stabilité de Gaza et ne servent que les intérêts d’Israël»

Ismaël Haniyeh, responsable du Hamas

Confronté à une mouvance plus radicale que la sienne, le Hamas arrête régulièrement des membres de factions rivales qu’il libère ensuite. L’un des auteurs des attentats de mardi aurait été ainsi déjà détenu selon la BBC. Le ministère de l’Intérieur du Hamas a, dès l’annonce des attaques, décrété l’état d’urgence: des centaines de membres des forces de sécurité ont été déployées dans l’agglomération et sur les routes du territoire sous blocus israélien mais aussi égyptien. «Les attentats visent à saper la stabilité de Gaza et ne servent que les intérêts d’Israël», a réagi le chef du bureau politique du Hamas, Ismaël Haniyeh. «Nous demandons à la population de se rallier derrière nos services de sécurité et de les soutenir afin de pouvoir rétablir l’ordre», a-t-il précisé.

Frictions avec le Djihad islamique

Gaza est sous la férule des services de renseignements du Hamas qui surveillent de près la population. Depuis plusieurs mois une certaine tension interne est palpable. Il n’était plus possible pour un étranger de circuler la nuit sans accompagnement, et parfois même dans la journée en raison de contrôles tatillons. Le Hamas craint les infiltrations d’espions israéliens mais aussi les dissidences palestiniennes ainsi que l’exaspération des habitants excédés par les difficultés économiques, la pauvreté et l’absence de perspectives. Des manifestations de rue sévèrement réprimées ont éclaté au printemps dernier.

Proche du Qatar et des Frères musulmans, le Hamas cherche depuis des mois à trouver des arrangements avec le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou pour desserrer l’étau financier et apparaître comme un interlocuteur politique crédible tout en maintenant des manifestations hebdomadaires contre l’État hébreu qui ont causé la mort de plus de trois cents Palestiniens et de cinq Israéliens en dix-huit mois.

Des frictions apparaissent également entre le Hamas et son concurrent direct dans la lutte contre Israël, le Djihad islamique, proche de Téhéran. Un accord pour une trêve négociée par l’Égypte et l’ONU est en cours mais il est fragilisé par des tirs de missiles palestiniens attribués par des sources israéliennes au Djihad islamique. En représailles, Israël a réduit lundi de moitié les livraisons de carburant pour Gaza qui alimentent l’unique centrale électrique de l’enclave palestinienne.

Le Djihad islamique est un mouvement plutôt opaque, rompu à la clandestinité et ne cherchant pas à être une organisation de masse. Il compterait selon les services de renseignements étrangers, moins d’un millier de combattants. «Nous soutenons la police et les services de sécurité dans leur lutte contre les tentatives malveillantes de nous blesser de l’intérieur et condamnons sévèrement les explosions criminelles visant les postes de contrôle de la police», a indiqué l’organisation qui s’est démarquée des attentats.