5 questions/réponses pour comprendre la « marche du retour » organisée par le Hamas

Vendredi 30 mars, environ 30 000 Palestiniens ont participé à un mouvement de protestation le long de la frontière avec Israël, durant lequel des émeutiers, à l’appel de l’organisation terroriste du Hamas qui contrôle l’enclave depuis 2007, ont jeté des pierres et des cocktails Molotov sur les troupes israéliennes regroupées de l’autre côté, faisant également brûler des pneus et du bois. Alors que de nombreux terroristes du Hamas mais aussi du Jihad islamique et de la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa ont tenté d’infiltrer le territoire israélien, des heurts et affrontements ont éclaté, provoquant la mort de 17 Palestiniens.
Mais comme à chaque confrontation entre Israël et les Palestiniens, commentateurs et journalistes s’emportent, jugent, condamnent sans même mettre en lumière les tenants et les aboutissants de ce genre d’événements. Derrière la vision simpliste qu’en ont la plupart des médias, la « marche du retour » cache une réalité plus complexe.

Qu’est-ce que la « marche du retour » ?

Entre 20.000 et 40.000 selon les sources – se sont rassemblés vendredi 30 mars en différents points près de la frontière avec Israël, où des soldats israéliens ont reçu ordre d’empêcher toute infiltration. Ce mouvement de protestation qui a commencé vendredi et qui doit durer six semaines, coïncide avec la « Journée de la terre » qui exige le « droit au retour » des réfugiés palestiniens.
Officiellement organisée par la « société civile » qui n’a pourtant aucun droit à Gaza, « la marche du retour » est orchestrée par le Hamas. Elle n’est donc pas une « manifestation pacifique » comme le soutiennent les médias.
Le logo de la manifestation ne laisse guère de doute quant à ses objectifs : l’éradication d’Israël. En effet le dessin représente l’Etat d’Israël tel qu’il est actuellement avec toutefois les territoires palestiniens intégrés, l’ensemble recouvert d’un drapeau palestinien en haut duquel un poing tenant une clé est fermement levé, prêt à combattre « l’occupant sioniste ». Le chiffre 194 fait référence à la résolution des Nations Unis du 11 décembre 1948 sur un éventuel « droit au retour » des Palestiniens.
Un autre logo représente Israël recouvert d’un keffieh, attribut traditionnel du combattant palestinien. Une clé ornée d’un drapeau palestinien, délimite la frontière Est, comme pour attester de l’appartenance d’Israël aux Palestiniens.

Les Palestiniens peuvent-ils encore être appelés « réfugiés » ?

L’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens définît les réfugiés comme « les personnes dont le lieu de résidence habituel était la Palestine entre juin 1946 et mai 1948 et qui ont perdu à la fois leur domicile et leurs moyens de subsistance en raison du conflit israélo-arabe de 1948 ». Or, sur les 600 000 réfugiés palestiniens comptabilisés par l’UNRWA il y a 70 ans, le nombre est passé à plus de 5 millions, et chaque jour, à chaque naissance, il ne fait qu’augmenter. En réalité́, si l’on se conforme à cette définition reprise par le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) seulement 1% des Palestiniens aujourd’hui sont de « vrais » réfugiés – soit 20 – 30 000 personnes-, les autres 99 % étant leurs descendants. L’UNRWA a été spécifiquement créé par l’Assemblée Générale de l’ONU, par la résolution 302 (IV) du 8 décembre 1949. Il s’agit du seul corps de l’ONU créé ad-hoc pourun groupe spécifique, tous les autres problèmes de réfugiés étant gérés par le HCR (cf. fiche thématique d’ELNET sur la question des réfugiés palestiniens). Les Arabes n’ont pas été chassés d’Israël et s’ils n’avaient pas refusé le Plan de Partage en 1947, ils auraient leur Etat. Appliquer ce prétendu « droit au retour » signerait la fin d’Israël.

Quel est le rôle du Hamas dans l’organisation de la marche ?

Lors des semaines précédant la « marche du retour », l’armée israélienne avait reçu de nombreuses informations suggérant que le Hamas et d’autres groupes similaires se serviraient de mouvements de protestations pour masquer leurs actions terroristes. Ronen Manelis a indiqué que la « plupart » des personnes décédées suite à des tirs de l’armée lors des manifestations étaient « actives dans des organisations terroristes ». L’armée n’a d’ailleurs pas tardé à publier l’identité et des informations sur les personnes tuées.
Les méthodes employées par l’organisation terroriste palestinienne sont semblables à celles utilisées lors de chaque conflit avec Israël : des enfants sont placés en tête de cortège en guise de boucliers humains, comme l’atteste David Keyes, porte-parole du gouvernement israélien, vidéo à l’appui, alors qu’il est interrogé par CNN.
Une autre vidéo diffusée par le centre de recherche MEMRI montre un leader du Hamas qui appelle femmes et enfants à se joindre à la marche, promettant « du sang et des martyrs »
L’image ci-dessous confirme la présence d’enfants dans la « marche ».
Le Hamas a par ailleurs promis qu’il verserait 3000$ aux familles de Palestiniens tués, 500$ à celles de Palestiniens blessés (1).
Des comptes twitter d’activistes du Hamas ont relayé des cérémonies d’hommage aux « martyrs » lors de la « Marche du retour ».
(1) Source i24 News
Le Hamas peut aussi compter sur la complicité des médias. Saïd Khatib, un photographe AFP, met en scène « une jeune fille fuyant des tirs israéliens » à Gaza. Il affirme que le cliché représente « des manifestants palestiniens qui se donnent la main pour protéger une jeune fille des tirs alors qu’ils courent se mettre à l’abri durant des heurts avec les forces israéliennes après une manifestation près de la frontière avec Israël, à l’est de Khan Yunis, Gaza ». Or, en élargissant le champ de la photo (2), on comprend qu’il s’agit d’une mise en scène. Des groupes de Palestiniens tranquillement assis dans l’herbe à quelques mètres les regardent avec surprise et ne semblent pas craindre pour leur vie.
(2) Source : infoequitable.org
Avant donc de pointer de condamner Israël pour son « usage disproportionné » de la force, avant de demander une enquête onusienne, avant que le porte-parole du Quai d’Orsay ne vienne « recommander vivement la retenue » d’Israël et souligner « également le droit des palestiniens à manifester pacifiquement », il serait sans doute plus judicieux de mettre en lumière le cynisme du Hamas. Au-delà de son usage « traditionnel » de boucliers humains, une nouvelle tactique a été rapportée par les médias arabes mardi à Yisrael Hayom, consistant à collecter des centaines de miroirs utilisés pour tenter d’aveugler les tireurs d’élite israéliens qui viseront les émeutiers s’approchant trop près de la frontière.

Faut-il craindre une escalade ?

Elle est fortement redoutée par Israël. Vendredi dernier, trois tentatives d’attaque à la roquette contre d’Israël ont eu lieu depuis l’enclave palestinienne; les engins ont toutefois atterri dans la bande de Gaza. Des utilisations d’armes à feu contre les militaires de Tsahal ont également été dénombrées lors des manifestations palestiniennes, toujours selon le brigadier-général Ronen Manelis. De nombreuses tentatives d’endommager la barrière de sécurité ainsi qu’une infrastructure israélienne ont également été relevées.
Les soldats israéliens ont découvert lundi soir un grand sac à dos bourré de bombes incendiaires laissé à la barrière de Gaza. Apparemment il devait être utilisé lors de la prochaine émeute des Arabes de Gaza. Selon les forces de sécurité israéliennes, celle-ci aura lieu vendredi. La tension est donc très vive. Reste à savoir jusqu’où est prêt à aller le Hamas dans cette confrontation avec Israël ?

Israël a-t-il perdu la guerre de communication ?

Le récit palestinien domine largement dans les médias français. C’est ainsi que samedi matin, France Inter affirmait que la marche de Gazaouis décidés à franchir la frontière avec Israël pour faire valoir leur « droit au retour » émanait de la société civile. De la même manière, le nombre des blessés (plus d’un millier) jeté en pâture par les autorités de Gaza a été reporté sans la moindre distance. Michael Oren, vice-ministre du bureau du Premier ministre chargé de la diplomatie, estime qu’ « Israël n’était manifestement pas préparé à la crise sur le champ de la bataille diplomatique et médiatique et que à l’étranger le récit israélien perdait face au récit palestinien ».
Ohad Kaynar, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, affirme en revanche que l’effort palestinien pour attirer l’attention du monde sur les manifestations de Gaza « n’a pas pris » (…) « Nous avons surveillé les différents hashtags sur les médias sociaux et les articles dans les médias, et déterminé que le Hamas échoue ».
L’organisation terroriste a quant a elle bien perdu la bataille médiatique. A l’exception de l’extrême-gauche et des islamistes qui ont saisi l’occasion de cette « marche » pour manifester leur antisionisme dans les rues de Paris et d’autres capitales européennes, personne n’est dupe sur la nature du mouvement islamiste. De son côté, l’Autorité palestinienne s’est discréditée. Alors qu’elle envisageait de désigner Gaza comme « entité rebelle » après la tentative d’assassinat de son Premier ministre, voilà qu’elle instrumentalise la « marche » pour s’en prendre à Israël et tenter de retrouver une crédibilité depuis longtemps perdue auprès de son peuple.
Demain, vendredi 6 avril sera une journée décisive. Le défi de la communication se pose à Israël lors de chaque conflit asymétrique. Comment faire comprendre qu’Israël n’est pas le « Goliath » que l’on pense et les Palestiniens le « David » inoffensif, victime d’une armée sanguinaire ? Comment gérer l’usage des boucliers humains et faire comprendre au monde que la situation est bien plus épineuse qu’elle n’y paraît ?
La « marche du retour » n’est donc pas la manifestation pacifique qu’elle prétend être. Sur le site du Yediot Aharonot le 4 avril, le journaliste Ben-Dror Yemini l’a résumée ainsi: « Ce n’était pas une marche pour la paix. Ce n’était pas un acte de résistance contre la « colonisation ». C’était une provocation qui se situe quelque part entre le désir d’anéantir Israël – comme les organisateurs de la marche l’ont déclaré publiquement – et les cris de folie des participants de la marche. « Khaybar Khaybar, ya yahud », qui est le cri de guerre musulman, depuis toujours, pour massacrer les Juifs. Pas les sionistes. Pas les Israéliens. Les Juifs ».